Décryptage : La mobilité dans les régions ultramarines

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post published:11 juillet 2021
  • Post category:Données
  • Temps de lecture :7 min de lecture

Publiée le 19 avril 2021, la dernière étude de l’INSEE analyse la mobilité des populations natives des régions ultramarines. Permettant d’expliquer la motivation au départ et au « retour au péi » des populations natives des Départements et Régions d’Outre-Mer, l’analyse de Lise Demougeot, Ludovic Besson, Pierre Thibault, chercheurs à l’INSEE nous offre des éléments essentiels à la compréhension du phénomène de la mobilité. Décryptage.

Démystifier l’exceptionnalité de la mobilité ultramarine

« Partir pour réussir » est une idée souvent ancrée dans nos esprits. En effet, pour les populations ultramarines, la mobilité semble être une évidence. Nous sommes de plus en plus nombreux à quitter nos régions natales pour poursuivre nos études ou encore rechercher un emploi en France hexagonale.

En effet, en 2017 sur une population âgée de 15 à 64 ans, 37% des natifs des Antilles, 33% des natifs de Mayotte et 30 % des natifs des Guyane résidaient en France hexagonale.

Quant à la Réunion, la part de la population native de l’île vivant en France hexagonale n’était que de 18%. Les natifs de La Réunion semble donc « nettement moins mobiles » que ceux des autres régions ultramarines.

Cela dit, il convient de « démystifier » l’exceptionnalité de la mobilité ultramarine. Selon le rapport de l’INSEE, certaines régions comme le Centre-Val de Loire ou la Normandie présente également une forte mobilité extra-régionale.

Dès lors, quels sont les éléments caractéristiques et explicatifs de la mobilité ultramarine ?

Les femmes moins enclines à quitter leur région natale

Selon le rapport de l’INSEE, les femmes seraient moins enclines à quitter leur région natale pour trouver une formation ou rechercher un emploi dans une autre région que les hommes lorsqu’elles ont entre 21 et 29 ans.

Cela s’explique notamment par l’existence de maternités plus précoces dans certains DROM que dans d’autres. A La Réunion et à Mayotte, respectivement 47% et 42% des femmes âgées de moins de 21 à 29 ans sont mères de familles contre 35% des Antillaises.

De plus, les femmes sont plus souvent impliquées dans l’aide de leurs proches plus âgés que les hommes.

Ainsi, la motivation des femmes natives des régions ultramarines est freinée par des éléments relevant du sexe et du genre.

Cependant, concernant les départs avant 30 ans, les femmes sont aussi nombreuses que les hommes natifs des DROM à vivre hors de leur région de naissance (sauf à Mayotte). Aux Antilles, les femmes âgées de 18 à 20 ans sont mêmes plus nombreuses que les hommes à quitter leur région natale.

Une tendance à la mobilité stable à la Réunion

Si la tendance à la mobilité s’accroit aux Antilles, en Guyane et à Mayotte, elle reste stable à La Réunion.

En 2017, 18% des natifs de La Réunion vivaient en Hexagone contre 19% dans les années 1990 alors que la part des Antillais et des Guyanais âgés de 15 à 64 ans vivant en Hexagone s’est accrue de 4 points depuis 1990.

L’existence d’une offre de formation plus diversifiée à La Réunion que dans d’autres DROM comme Mayotte permet d’expliquer le faible accroissement de la part de natifs de La Réunion quittant leur région natale pour la France hexagonale depuis les années 1990.

Cela doit néanmoins être relativisé car les Antilles ont une offre de formation similaire à celle de La Réunion, mais l’existence de réseaux de pairs (diaspora) établis depuis de nombreuses années en Hexagone et notamment en région parisienne peut faciliter la décision de départ des Antillais.

Le diplôme plus décisif que la mobilité

Le retour dans les régions ultramarines s’effectue le plus souvent à partir de 35 ans et la part des natifs d’outre-mer résidant “hors de leur région natale” diminue ainsi avec l’âge.

De fait, plus l’on avance dans l’âge et plus l’on est enclin à revenir vivre sur sa terre natale afin de se rapprocher de sa famille et pour retrouver un certain cadre de vie.

De surcroît, plus l’on est diplômé et plus l’on a de chances de trouver un emploi dans notre région natale.

En effet, si l’écart entre ceux qui sont installés hors région natale et ceux qui sont restés ou revenus n’est pas considérable dans l’accès au marché du travail (respectivement de 83% et 73%), « les natifs sans diplôme s’insèrent difficilement, leur insertion semble meilleure quand ils quittent leur région natale ».

La saturation du marché du travail des « peu diplômés » dans les régions ultramarines est un élément explicatif.

Les inégalités d’accès au marché du travail sont donc plus importantes dans les DROM qu’en France hexagonale et le diplôme semble donc plus décisif que la mobilité pour trouver un emploi.



Sitographie :
Demougeot, L., Besson, L. and Thibault, P., 2021. Les natifs des Antilles, de Guyane et de Mayotte quittent souvent leur région natale, contrairement aux Réunionnais – Insee Première – N°1853

Mieux comprendre le retour au péi
Dans le cadre de l'association "Réunionnais de Retour au Péi", nous travaillons actuellement sur un questionnaire auquel vous pourrez bientôt répondre. Celui-ci nous permettra d'obtenir des données chiffrées pour mieux comprendre le "retour au péi".

Marion Dieudonné

Etudiante en master Relations Internationales, à Sciences Po Strasbourg. Passionnée par la géopolitique et de retour à La Réunion, j'espère de tout coeur que grâce à notre travail collectif dans le cadre de l'association "Retour Péi" , il sera plus facile de revenir vivre sur l'île dans quelques temps !